Sylvio Seno Chibeni : Des systèmes métapsychiques ou parapsychologiques
Des systèmes métapsychiques ou parapsychologiques
Parmi les traits communs des systèmes métapsychiques ou parapsychologiques, on peut relever la prétention à la scientificité, l'emploi de méthodes quantitatives et d'appareils, une certaine aversion à des théories, etc. Il se trouve, cependant, qu'à l'époque de la naissance de la parapsychologie, la philosophie de la science vivait l'apogée du positivisme logique. Malheureusement, la nouvelle discipline et avec elle toutes ses variantes, s'est inspirée des idées logico-positivistes à propos de la science. Or, ces idées étant entièrement contraires à la vraie nature de la science, ces lignes de recherche ont été faussées à l'origine par l'adoption de critères et méthodes anti-scientifiques. Cet égarement non intentionnel peut être aussi observé en d'autres disciplines qui se sont constituées en notre siècle avec la prétention à la scientificité, comme certaines branches de la psychologie et de la sociologie.
Remarquons que le Spiritisme évite tous les écueils induits par cette conception de la science, dans une démonstration patente de la lucidité scientifique et philosophique d'Allan Kardec.
a) En employant l'ancienne recette, ces systèmes cherchent à accumuler des faits sans l'aide d'un corps théorique directeur; c'est l'illusion de la science sans théorie.
Par exemple, le parapsychologue serait bien en peine d'étudier un phénomène de matérialisation sans le corpus théorique du spiritisme. La parapsychologie ne dit absolument pas quelles sont les conditions pour obtenir ce genre de séance. Attachés aux faits matériels, elle ne dispose pas de théorie suffisante pour que des hypothèses sensées de ce phénomène soient testables.
Négligeant le rôle des Esprits, comment ferait-elle par exemple pour demander qu'un mouvement de table soit donné ? et comment l'interpréter correctement ?
Geley ou Richet s'adressaient également aux " contrôles " spirituels : " les parapsychologues " d'aujourd'hui ne " s'abaisseraient " pas à une telle chose. On a l'impression qu'ils sont réduits à étudier des phénomènes spontanés sans pouvoir les expérimenter et en connaître toutes les facettes. L'expérimentation a besoin d'une théorie qui oriente les scientifiques vers des tests pertinents.
b) Les explications fournies, quand il y en a, se basent sur des hypothèses isolées qui, réunies, ne forment pas une théorie proprement dite; c'est un ensemble amorphe qui ne possède ni la consistance logique, ni la cohérence, ni la hiérarchie de principes, ni les heuristiques négatives et positives d'un véritable programme de recherche scientifique.
Par exemple, la parapsychologie étudie la psychométrie, le dédoublement (OBE), les auras, etc. Cependant, aucun lien logique et approfondi n'est fait au sein d'une théorie cohérente. La notion de périsprit des spirites permet d'expliquer les phénomènes cités : le concept de périsprit permet de relier plusieurs phénomènes et de bâtir un véritable programme de recherche ( au sens de Lakatos ).
c) Ces hypothèses sont en général encore plus fantastiques que les faits qu'elles prétendent expliquer.
C'est le cas de l'hypothèse de l'hallucination télépathique à rebours qui aurait eu lieu des années après le décès de la personne et qui serait censée expliquer une apparition spirite : Du fait que Myers, Gurney et Podmore voulaient absolument trouver des hypothèses ne faisant pas intervenir de désincarnés, ils ont supposé que le mourant, encore vivant, émettait télépathiquement ses images morbides au percipient qui le percevait seulement plusieurs années plus tard. Ainsi, si un Esprit se fait voir, c'est qu'il a projeté son image avant sa mort ! cela ne l'empêche pas de donner des messages très actuels…
C'est le cas aussi des nouvelles théories du super-psi ou du psi-généralisé où télépathie entre subconscients que rien ne lie a priori et voyages dans le temps se mêlent allègrement…Bozzano en disait déjà qu'on avait plus de chances de poser une question au hasard et d'allumer la radio sur n'importe quelle fréquence et d'obtenir ainsi la réponse à sa question !
d) Lorsqu'une théorie ou plutôt une prétendue théorie est fournie, elle ne rend pas compte de tous les phénomènes. Le manque d'adéquation empirique est le problème le plus sérieux d'une science.
C'est le cas de la prosopopèse métagnomie magistralement réfutée par Bozzano. Enfin, un semblant de théorie est émis par les parapsychologues - ici René Sudre - pour expliquer l'apparition de personnalités transcendantes et originale chez le médium mais cette théorie ne cadre pas avec non moins que 11 catégories de faits !
- Les cas d'identification de décédés inconnus du médium et des assistants.
- Les cas d'apparitions des défunts au lit de mort.
- Les cas d'enfants voyants au lit de mort de tierces personnes.
- Quelques phénomènes très spéciaux de "télékinésie " au lit de mort et après la mort.
- Quelques phénomènes extraordinairement significatifs de " musique transcendantale " au lit de mort et après la mort
- Les cas de personnalités de défunts qui causent avec facilité et écrivent couramment en des langues ignorées du médium, et parfois de tous les assistants.
- Les cas de personnalités de défunts qui écrivent couramment avec l'écriture qui leur était propre de leur vivant - ce qui est infiniment différent de l'autre phénomène de la reproduction d'une simple signature.
- Les phénomènes de " bilocation " au moment préagonique ; surtout quand ils sont visibles collectivement pour tous les assistants.
- Les phénomènes de matérialisations de fantômes vivants et parlants ; parfois parlant et écrivant en des langues ignorées de tous les assistants.
- Quelques modalités spéciales de " correspondances croisées ".
- L'existence dans la subconscience humaine de facultés supernormales de sens, indépendantes de la loi d'évolution biologique.
e) De nombreux faits importants ne sont pas reconnus. C'est le résultat néfaste soit de l'absence d'une théorie qui fournit un guide pour la recherche et l'analyse des faits, soit des idées préconçues, comme par exemple dans le cas de ceux qui nient a priori la possibilité de la survivance de l'être et, par conséquent, se refusent à observer une grande quantité de phénomènes qui peuvent la prouver.
Les parapsychologues nient les effets les plus spectaculaires du spiritisme : mouvements macroscopiques sans contact, apports, matérialisations : leurs idées préconçues font qu'ils ne chercheront même pas à mettre en place des conditions d'expérimentation appropriées et cependant utilisées par des chercheurs renommés du passé.
f) L'emploi de techniques d'observation inadéquates. Le cas le plus important c'est l'utilisation de la méthode quantitative. Comme on le sait, cette méthode constitue un des principaux drapeaux de la parapsychologie et de ses variantes, qui croient suivre ainsi les chemins réunis de la physique et de la chimie. Or s'il est indubitable que l'analyse des quantités joue un rôle fondamental dans les sciences, il ne s'ensuit pas pour cela qu'elle soit nécessaire ou même fructifiante dans l'étude d'un ordre entièrement différent de phénomènes. En effet, l'examen attentif, montre que dans le cas des phénomènes spirites, la méthode quantitative n'est pas indispensable.
"La science s'est donc fourvoyée quand elle a voulu expérimenter les Esprits comme une pile voltaïque: elle a échoué et cela devait se passer ainsi, parce qu'elle a opéré en vue d'une analogie qui n'existe pas. "
" les manifestations spirites ne peuvent s'exprimer ni par les chiffres, ni par la puissance mécanique". Allan Kardec.
Par exemple, les EGG, boite à effet aléatoire dont le comportement dévie par rapport au hasard dans une séance de prière ou autre : bien que spectaculaire, ceci demeure ininterprétable dans l'état de nos connaissances. De nombreuses approches directes seraient d'un intérêt heuristique bien plus évident.
g) En connexion avec le point précédent, les systèmes non spirites cherchent l'adéquation aux méthodes scientifiques par l'utilisation d'appareils sophistiqués. Or s'il est vrai que la physique et la chimie en ont besoin pour l'observation de certains aspects de la réalité matérielle, il ne s'ensuit pas de cela qu'il soit nécessaire pour l'étude de l'esprit. En réalité, la priorité de la méthode qualitative par rapport à la méthode quantitative dans l'analyse des phénomènes spirites montre qu'il en est tout autrement. L'utilisation d'appareils en ce domaine peut, en plus, masquer des déficiences méthodologiques profondes produisant une impression de scientificité illusoire. Encore plus important que cela, est le fait que du point de vue épistémologique, c'est-à-dire de la théorie de la connaissance, les observations faites à l'aide d'appareils sont moins fiables que les observations directes, quand celles-ci sont possibles, évidemment; et dans le cas de l'objet d'étude du Spiritisme où les observations principales peuvent toutes s'effectuer directement.
Lorsqu'on utilise un appareil pour faire une observation, le résultat dépend de la vérité des théories employées dans la construction et le fonctionnement de l'appareil, et que cela introduit des sources additionnelles d'incertitude. Ces considérations expliquent, d'ailleurs, la grande stabilité du noyau des lois fondamentales du Spiritisme, relativement à celles de la plupart des théories scientifiques, car ces lois reposent sur des phénomènes basés sur un point de vue épistémologique.
h) Référence à des concepts et théories scientifiques vieillis. Au début du siècle la physique a subi des transformations radicales en ses théories. Des concepts et principes qui faisaient partie de la physique classique ont été abandonnés ou modifiés de façon profonde et ne s'appliquent plus à la description du monde. Il est ainsi curieux de voir les chercheurs des lignes de recherche non spirites s'ingénier à formuler des modèles et théories pour l'élément spirituel qui utilisent ces notions d'arrière-garde, avec la prétention de suivre la science.
Par exemple, la théorie du muscle craqueur ou des mouvements inconscients : les physiciens invoquent cela pour expliquer les vieilles observations de bruits ou de mouvement de tables : pas besoin de l'élément spirituel !
Ou encore, les anciennes conceptions sur le cerveau : comme quoi l'homme n'utiliserait que 10 % de son cerveau. En fait la neurophysiologie montre que la réalité est plus complexe et qu' on est loin d'avoir 90 % de marge. Les cas de médiums illettrés qui répondent en dehors de leur intelligence sont alors encore plus inexplicables pour les non-spirites.
i) Mépris du passé: Les chercheurs ont une très forte tendance à reprendre les investigations à partir de rien, comme si d'autres n'avaient pas déjà fait des recherches dignes de confiance. Si le doute équilibré indique de la prudence, quand il devient illimité et irréfléchi, s'alliant souvent à la présomption et à l'orgueil, il rend non viable le progrès de la connaissance. Si une attitude semblable avait été adoptée dans les sciences, elles ne seraient pas encore sorties de leur enfance.
j) Déconsidération des facteurs moraux dans la production des phénomènes. Dans ses recherches, Allan Kardec a très vite reconnu l'influence sur les phénomènes spirites de facteurs liés à l'harmonie de pensées des médiums, expérimentateurs et assistants, à leur but, à leur condition morale, etc
Ainsi, le Spiritisme constitue une véritable science, dont l'objet d'étude est l'Esprit. Mais cela ne veut pas dire qu'il se confond avec les sciences ordinaires académiques qui s'occupent de l'étude de la matière. Ensuite, nous avons vu que les lignes de recherche qui ont tenté de remplacer le Spiritisme se sont inspirées des idées des conceptions des sciences anciennes et n'ont jamais atteint leur but de constituer des disciplines scientifiques. Le Spiritisme, tel qu'il est formulé par Allan Kardec, constitue, jusqu'à nos jours, le seul système véritablement scientifique d'étude de l'élément spirituel, avec sa cohérence théorique, son remarquable ajustement et sa fertilité heuristique cause de son progrès incessant.